Information fausse dans ChatGPT ou Gemini : comment la corriger
En bref
Lorsqu'une IA diffuse une information fausse sur vous, commencez par documenter la réponse (captures, date, question posée), puis identifiez et faites corriger les sources en ligne qui l'alimentent. Signalez l'erreur à l'éditeur via les outils de retour de l'interface et, si des données personnelles sont en cause, exercez vos droits de rectification ou d'effacement prévus par le RGPD, par exemple via le portail de confidentialité d'OpenAI. Sans réponse satisfaisante sous un mois, vous pouvez saisir la CNIL.
À retenir
- Conservez des preuves datées de chaque réponse erronée avant toute démarche.
- La correction la plus durable se fait à la source : les pages web que l'IA reprend.
- Le RGPD s'applique aux données personnelles traitées par les IA : droits d'accès, de rectification, d'effacement et d'opposition.
- OpenAI propose un portail de demandes de confidentialité, mais a indiqué dans certains dossiers pouvoir bloquer une réponse plutôt que corriger le modèle.
- Sans réponse sous un mois à votre demande RGPD, une plainte auprès de la CNIL est possible.
Vous interrogez ChatGPT, Gemini ou Perplexity sur votre nom ou votre entreprise, et la réponse est fausse : un mauvais dirigeant, une faillite imaginaire, une condamnation inventée, un produit que vous n'avez jamais vendu. Ce type d'erreur, appelé « hallucination », n'a rien d'exceptionnel. Il existe pourtant des démarches concrètes pour la faire corriger, techniques et juridiques. Voici la marche à suivre, dans l'ordre.
Pourquoi les IA se trompent
Les assistants d'IA produisent des textes plausibles à partir de ce qu'ils ont appris et, souvent, des pages qu'ils consultent en temps réel. Plusieurs mécanismes expliquent les erreurs :
- La confusion d'entités : deux entreprises au nom proche, deux homonymes, une ancienne et une nouvelle société à la même adresse.
- Les sources obsolètes : une information vraie il y a cinq ans, reprise comme si elle était actuelle.
- Les sources erronées : un annuaire mal renseigné, un article inexact, un forum.
- L'invention pure : faute d'information, le modèle complète avec des éléments vraisemblables mais faux.
Le cas le plus connu illustre la gravité possible de ces erreurs : en mars 2025, l'association noyb a déposé une plainte auprès de l'autorité norvégienne de protection des données pour le compte d'un citoyen que ChatGPT présentait comme le meurtrier de deux de ses enfants, faits totalement inventés mais mêlés à des détails réels de sa vie. La plainte invoque le principe d'exactitude des données posé par l'article 5 du RGPD.
Pour comprendre plus largement cet enjeu, lisez notre dossier sur l'e-réputation dans les intelligences artificielles.
Étape 1 : documenter l'erreur
Avant toute démarche, constituez un dossier de preuves.
- Faites des captures d'écran complètes : question posée, réponse, nom de l'outil, date et heure visibles.
- Notez le contexte : version ou mode utilisé (recherche activée ou non), compte connecté ou non, pays.
- Relancez la question plusieurs fois et sur plusieurs assistants, pour savoir si l'erreur est systématique ou ponctuelle.
- Relevez les sources citées par l'IA, lorsqu'elle en affiche.
- Conservez le lien de partage de la conversation si l'outil le permet.
Conseil : si l'information est grave (accusation pénale, atteinte à l'honneur, données sensibles), un constat par commissaire de justice donne une valeur probante supérieure aux simples captures d'écran.
Étape 2 : trouver et corriger la source
C'est l'étape la plus efficace à moyen terme. Une IA qui consulte le web répète ce qu'elle y lit : si la source est corrigée, la réponse finit généralement par suivre.
- Vérifiez les liens cités dans la réponse. Ce sont souvent eux qui contiennent l'erreur.
- Recherchez l'information fausse sur Google, entre guillemets, pour trouver d'autres pages qui la reprennent.
- Faites corriger chaque source : demande au site ou à l'annuaire concerné, mise à jour de votre fiche d'établissement, droit de réponse auprès d'un média, signalement sur une plateforme.
- Publiez l'information exacte sur vos propres supports, de façon claire et facile à citer : page « À propos », communiqué, FAQ. Un contenu précis, daté et sourcé a plus de chances d'être repris.
- Harmonisez vos informations sur tous vos profils (site, LinkedIn, annuaires) pour limiter les confusions.
Si la source est un contenu illicite (diffamation, données personnelles exposées), les procédures de retrait classiques s'appliquent : voir signaler un contenu illicite (DSA) et le droit au déréférencement Google.
Étape 3 : signaler l'erreur à l'éditeur de l'IA
Les outils de retour intégrés
La plupart des interfaces proposent un bouton de retour (pouce vers le bas, « signaler », « commentaires ») sous chaque réponse. Utilisez-le en expliquant précisément l'erreur. Cette démarche ne garantit rien, mais elle crée une trace et peut suffire pour une erreur factuelle simple.
Les demandes de confidentialité
Lorsque l'erreur concerne une personne physique identifiable, il s'agit de données personnelles. OpenAI indique que toute personne estimant qu'une réponse de ChatGPT contient des informations personnelles inexactes ou inappropriées la concernant peut déposer une demande via son portail de confidentialité (privacy.openai.com). Les autres éditeurs (Google, Microsoft, Anthropic, Mistral AI, Perplexity) disposent eux aussi de politiques de confidentialité indiquant comment exercer vos droits, généralement via un formulaire ou une adresse dédiée.
Attention : dans les dossiers publics portés par noyb, OpenAI a fait valoir qu'il pouvait bloquer l'affichage de certaines réponses, sans pouvoir corriger les informations au sein du modèle. Attendez-vous donc davantage à un filtrage qu'à une « correction » au sens strict.
Étape 4 : exercer vos droits RGPD
Le RGPD s'applique aux traitements de données personnelles réalisés par les fournisseurs d'IA qui visent des personnes situées dans l'Union européenne. La CNIL l'a rappelé dans ses recommandations publiées le 7 février 2025 : les droits d'accès, de rectification, d'effacement et d'opposition s'appliquent aux données d'entraînement comme, dans certains cas, aux modèles eux-mêmes. Elle y indique que le réentraînement du modèle permet de répondre à l'exercice des droits et, lorsqu'il est disproportionné, recommande d'autres mesures comme des filtres robustes sur les réponses.
| Droit | Article du RGPD | Ce que vous pouvez demander |
|---|---|---|
| Accès | Art. 15 | Savoir quelles données vous concernant sont traitées |
| Rectification | Art. 16 | Faire corriger des données inexactes |
| Effacement | Art. 17 | Faire supprimer des données dans les cas prévus |
| Opposition | Art. 21 | Vous opposer à un traitement fondé sur l'intérêt légitime |
Le responsable du traitement doit répondre dans un délai d'un mois, prolongeable de deux mois en cas de complexité, à condition de vous en informer dans le premier mois (article 12 du RGPD). Pour la méthode générale, voir notre article sur le droit à l'effacement RGPD.
Modèle de demande
Objet : Demande de rectification et, à défaut, d'effacement de données personnelles (articles 16 et 17 du RGPD)
Madame, Monsieur,
Je constate que votre service [nom de l'outil] génère, en réponse à des questions portant sur ma personne, les informations inexactes suivantes : [citer précisément la réponse], constatées le [date] (captures jointes).
Ces informations sont fausses. Les informations exactes sont les suivantes : [préciser, avec justificatifs si utile].
En application de l'article 16 du RGPD, je vous demande de rectifier ces données et, si la rectification n'est pas techniquement possible, de les effacer ou de mettre en œuvre toute mesure empêchant leur génération, conformément à l'article 17. Je vous demande également, au titre de l'article 15, de m'indiquer quelles données me concernant sont traitées.
Je vous remercie de me répondre dans le délai d'un mois prévu par l'article 12 du RGPD.
[Nom, prénom, coordonnées]
Si l'entreprise est concernée
Le RGPD protège les personnes physiques. Une société ne peut pas l'invoquer pour elle-même, mais un dirigeant ou un salarié nommément visé le peut. Pour la personne morale, les leviers restent la correction des sources, les signalements et, le cas échéant, l'action en justice.
Étape 5 : saisir la CNIL
Si l'éditeur ne répond pas dans le délai d'un mois, ou si sa réponse est incomplète, vous pouvez adresser une plainte à la CNIL en ligne. La CNIL demande d'avoir d'abord contacté l'organisme concerné (ou son délégué à la protection des données) et de joindre les échanges. Elle peut coopérer avec les autres autorités européennes lorsque l'éditeur est établi dans un autre État membre.
Les autorités ont déjà agi : en décembre 2024, l'autorité italienne de protection des données (Garante) a infligé à OpenAI une amende de 15 millions d'euros assortie d'une campagne d'information, pour des manquements au RGPD liés à ChatGPT. Cette décision a toutefois été annulée par le tribunal de Rome en mars 2026, ce qui montre que le cadre applicable reste en construction.
Étape 6 : envisager la voie judiciaire
Lorsque la réponse porte gravement atteinte à votre honneur (accusation de délit, par exemple), la question de la diffamation peut se poser. La loi du 29 juillet 1881 encadre la diffamation et l'injure, avec un délai de prescription de trois mois à compter de la publication dans la plupart des cas. La qualification d'une réponse générée par IA et la responsabilité de l'éditeur ne sont pas encore clairement tranchées par les tribunaux français : l'avis d'un avocat est indispensable avant d'engager une procédure. Voir notre article diffamation et injure en ligne.
Étape 7 : vérifier dans la durée
Une correction n'est jamais définitive d'emblée. Les données d'entraînement antérieures, d'autres pages non corrigées ou un changement de version du modèle peuvent faire réapparaître l'erreur. Programmez une vérification mensuelle, avec les mêmes questions, sur plusieurs assistants. Notre méthode pour auditer sa marque dans ChatGPT vous donne une grille de suivi.
Récapitulatif : quelle démarche pour quelle situation ?
| Situation | Démarche prioritaire | Démarches complémentaires |
|---|---|---|
| Information pratique erronée sur une entreprise (adresse, horaires, offre) | Corriger les sources (site, fiche d'établissement, annuaires) | Retour dans l'interface de l'IA |
| Confusion avec un homonyme ou une autre société | Clarifier et harmoniser vos informations officielles | Retour à l'éditeur, contenus de désambiguïsation |
| Donnée personnelle inexacte sur une personne | Demande de rectification RGPD auprès de l'éditeur | Plainte CNIL sans réponse sous un mois |
| Accusation grave et fausse | Preuves solides, conseil d'un avocat | Demande RGPD, plainte CNIL, action en justice |
| Erreur issue d'un article ou d'un avis en ligne | Traiter la source (droit de réponse, signalement) | Vérification régulière dans les IA |
En résumé
Face à une information fausse diffusée par une IA, la priorité est de documenter, puis de corriger les sources qui l'alimentent, car c'est ce qui produit l'effet le plus durable. Pour les personnes physiques, le RGPD ouvre des droits de rectification et d'effacement, à exercer auprès de l'éditeur, avec un recours possible devant la CNIL. Les cas les plus graves justifient l'intervention d'un avocat. Et dans tous les cas, un suivi régulier des réponses reste indispensable.
Questions fréquentes
Peut-on obliger ChatGPT à corriger une information fausse ?
Vous pouvez exercer votre droit de rectification prévu par l'article 16 du RGPD lorsque l'information concerne une personne physique. OpenAI met à disposition un portail de demandes de confidentialité. Dans les dossiers publics connus, l'entreprise a indiqué pouvoir bloquer certaines réponses plutôt que corriger le modèle lui-même, ce qui fait l'objet de plaintes auprès des autorités.
Une entreprise peut-elle invoquer le RGPD contre une IA ?
Le RGPD protège les personnes physiques, pas les personnes morales. Une entreprise ne peut donc pas l'invoquer pour elle-même, mais ses dirigeants ou salariés nommément concernés le peuvent. Pour l'entreprise, les leviers sont surtout la correction des sources, les signalements à l'éditeur et, en cas de propos diffamatoires, le droit de la presse.
Combien de temps l'éditeur a-t-il pour répondre à une demande RGPD ?
Le responsable du traitement doit répondre dans un délai d'un mois à compter de la réception de la demande. Ce délai peut être prolongé de deux mois en cas de complexité ou de nombre élevé de demandes, à condition d'en informer la personne dans le premier mois.
Une réponse d'IA peut-elle être diffamatoire ?
Une réponse qui impute à tort à une personne identifiable un fait précis portant atteinte à son honneur peut soulever la question de la diffamation. Le régime de responsabilité applicable aux contenus générés par IA n'est pas encore clairement tranché. Consultez un avocat, et gardez en tête que les délais de prescription en matière de presse sont très courts.
Pourquoi l'IA continue-t-elle à répéter l'erreur après correction ?
Parce qu'elle peut s'appuyer sur ses données d'entraînement, antérieures à votre correction, ou sur d'autres pages qui contiennent encore l'erreur. Il faut souvent corriger plusieurs sources et attendre qu'elles soient réindexées, puis vérifier à nouveau régulièrement.
Sources et références
- Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), articles 12, 16, 17 et 21 (EUR-Lex)
- IA : respecter et faciliter l'exercice des droits des personnes concernées (CNIL)
- Adresser une plainte à la CNIL
- How ChatGPT learns about the world while protecting privacy (OpenAI)
- AI hallucinations: ChatGPT created a fake child murderer (noyb)
- ChatGPT, il Garante privacy chiude l'istruttoria (Garante per la protezione dei dati personali)
- Tribunale Roma annulla multa da 15 milioni di euro del Garante Privacy a OpenAI (ANSA)
Informations vérifiées à la date de mise à jour indiquée. Les règles des plateformes et la réglementation évoluent : reportez-vous aux sources officielles avant toute démarche. Notre méthode.